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Portrait de Philippe Berthomé, créateur lumière

Ce portrait a été réalisé suite au Workshop Luminaris avec Philippe Berthomé le 13 mars 2016
Philippe Berthomé est né en 1968 aux Sables-d’Olonne.
Après une formation de quatre mois au CFPTS de Bagnolet (Centre de Formation Professionnelle aux Techniques du Spectacle) en 1989, il est régisseur au TPE (Théâtre de l’Est Parisien) la même année, puis entre à l’Ecole du TNS (Théâtre National de Strasbourg) qu’il termine en juin 1991. Il travaille ensuite comme régisseur avec le statut de JTN (Jeune Théâtre National), et aura l’occasion de faire ses premières créations lumières que Stanislas Nordey va lui confier, avec le scénographe Emmanuel Clolus. Il accompagne Stanislas Nordey depuis vingt-cinq ans et une quarantaine de spectacles (dont Affabulation en 2015). Autres rencontres majeures et durables, Jean-François Sivadier en 1997 (dont Le Misanthrope en 2013), et Eric Lacascade en 2000 (dont Oncle Vania en 2014). Il a travaillé avec Wajdi Mouawad sur Ciels au Festival d’Avignon en 2009. Il l’avait rencontré sur la création lumière d’un spectacle de Stanislas Nordey, invité en 2005 au Théâtre de Quat’Sous (Montréal) dirigé par Wajdi Mouajdi. Philippe Berthomé éclaire aussi régulièrement des Opéras (dont Idoménée en 2016).
Quand on parle de lieux, Philippe Berthomé cite souvent Avignon (Vole mon dragon 1994, Platonov 2002, Les Barbares 2006, Das system 2008, My secret Garden 2010). Il raconte volontiers les contraintes techniques et humaines avec lesquelles il faut composer dans tous les projets. Par exemple à la Cour d’Honneur du Palais des Papes lorsqu’il faut caler les réglages de nuit avant le lever du jour, ou mettre en place des solutions techniques robustes face aux intempéries : haubanage des découpes face au vent pour éviter toute déviation de faisceau, mise au point de chariots et carrousels de changement rapide des sources lumineuses pour les mettre à l’abri de la pluie. Autres lieux marquants : Le Chatelet, le Palais Garnier et Bastille, Covent Garden (Royal Opera House).
Platonov Avignon 2002

Platonov Avignon 2002

Carrousel-Chariot

Carrousel-Chariot

Philippe réalise également des éclairages extérieurs : les Fêtes maritimes de Douarnenez en 2010 et 2012, et La Cathédrale Saint-Maurice pour le festival des Accroches Cœurs 2012 et 2013 à Angers. Il a dernièrement déposé un projet pour la Fête des lumières d’Amsterdam.
Lorsque Jane Birkin a souhaité rencontrer un éclairagiste de théâtre pour son tour de chant Enfants d’hiver en 2009, Philippe a été retenu ainsi que sur la tournée Jane chante Serge Gainsbourg Via Japan en 2011.
Sur la méthode, s’il y en a une, Philippe Berthomé aime le pragmatisme. L’interaction avec le metteur en scène et l’équipe entière est primordiale. Tout d’abord, le respect des équipes techniques : « ne jamais lutter contre le lieu, s’adapter à l’équipe ». L’équipe de comédiens, elle, apporte à Philippe une lecture du texte qu’il ne fait pas volontiers à l’avance par lui-même : il aime entendre le texte de leur bouche. Néanmoins il reste assez en retrait du texte pour pouvoir se laisser entrainer par les surprises du terrain, et par ses sensations au fil des répétitions. L’important est de trouver sur chaque spectacle la porte d’entrée et d’en déduire une méthode à suivre.
La lumière n’est pas qu’accompagnement ponctuel ou technique d’éclairage, l’éclairagiste doit rester un grand rêveur autant qu’un technicien. Philippe raconte cette anecdote : lors d’une lecture, alors qu’une didascalie de l’auteur indiquait « un rai de lumière traverse l’espace », tout le monde s’est tourné vers lui, comme si son rôle était là soudainement mis en valeur. D’un autre côté, il ne faut pas craindre la technique ni les réalités qui en font partie (limites concrètes, contraintes scénographiques, planning, etc.), et ne pas forcément chercher à la cacher : « une belle lumière est une lumière qui ne se voit pas » est un poncif bien trop réducteur. Dans Les liaisons dangereuses (TNS 2016), l’interaction entre la scénographie et la lumière était carrément liée au passage des faisceaux eux-mêmes, du fait d’un décor fermé sur les trois murs.
Enfin, toute préparation trop cadrée est vouée à l’échec face aux réalités du lieu. Le timing est parfois si serré qu’il vaut parfois mieux commencer à créer les effets avant même d’avoir fini de tout installer. Le contraire serait une frustration. C’est particulièrement vrai dans les lieux où l’alternance des spectacles contraint le temps de travail (théâtres allemands, opéras quotidiens).
Concernant la technologie et les matériels, pas de dogme non plus : tirer le meilleur du matériel au bon endroit, en exploitant ses qualités et en gérant ses défauts. Plus généralement, toutes les technologies sont bonnes à condition qu’elles restent au service de…, et que chaque nouvelle technologie n’écrase pas obligatoirement la précédente : la LED justifie-t-elle pas de stopper net le filament ?
D’ailleurs le filament, c’est aussi une passion pour Philippe ! A tel point qu’il a appris à souffler le verre à l’Ecole de verre de Murano en résidence à Venise, pour réaliser ses propres lampes. Et il compte bien poursuivre dans cet art et dans l’utilisation des bulbes !

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La description complète des interventions de Philippe Berthomé se trouve sur son site très original http://philippeberthome.com
Christophe Lyonnet – 27.03.2016

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