Philippe Catalano – Récit d’une rencontre

Le workshop s’est tenu le 4 mars 2018 à La Fabrique de Théâtre (Strasbourg)

Le parcours de Philippe Catalano

Philippe Catalano est un autodidacte de l’éclairage. Ses études ont versé vers le dessin industriel, la mécanique, la 3D, ce qui lui servira plus tard dans son métier. Alors qu’il jouait de la trompette dans un groupe de rock dans les années 80, il rencontre un régisseur avec qui il apprend à bricoler des PC avec une panière à pain et une lampe de PAR, des pieds à partir d’antenne de TV… Puis on lui propose un job à la Scène Nationale de Cavaillon où il découvre le vrai matériel lumière. Déjà passionné et accrocheur, il réussit à se faire engager sur le Festival d’Avignon pour y gérer la puissance sur un spectacle à la Carrière Boulbon. Il repostule l’année suivante et décroche un poste de machiniste à la carrière de Taillade, avec Georges Lavaudant. Embauché dans la volante qui monte et démonte de lieux en lieux, il se souvient des 11 semi-remorques qu’il a participé à décharger au Palais des Papes, pour le Chevalier d’Olmedo.

En 1995 il est pris pour la régie lumière Salle Benoît XII à Avignon et rencontre Patrice Trottier, qu’il va commencer par détester puis admirer, pour son intransigeance mais aussi sa richesse. Cette année est d’ailleurs très riche pour Philippe, avec sa participation au chantier d’inauguration du tunnel sous la manche à Calais, la Princesse de Clèves avec Marcel Bozonnet (lumière Joël Hourbeigt, basée sur 9 rampes créant une boite sans ombre, et un 2kW braqué sur l’unique personnage, le narrateur), et une proposition de permanent aux Théâtres des Salins à Martigues. Cette expérience ne lui plaît pas et il repart en campagne sur Avignon (Château blanc) avec Ariane Mnouchkine.

En 1996 il rencontre le québécois Guy Simard.

En 1997 il constitue lui-même une équipe au Palais des Papes, où il découvre les difficultés à monter des structures dans ce lieu aux moyens encore si limités à l’époque. Il y restera jusqu’en 2010, et pendant ces années apportera de nombreux acquis, des structures aux réseaux électriques en passant par les systèmes d’accroche qui n’existaient pas. Alors qu’il s’apprête à quitter le lieu en 2010, André Diot vient y monter un spectacle, comment ne pas rester encore une année !? Finalement il bouclera la boucle après avoir été rappelé en urgence à la Carrière de Boulbon pour une dernière intervention en 2011 (Incendie, Wajdi Mouawad).

Philippe a aussi rencontré Vincent Goethals en 1997, qui l’amènera au Théâtre du Peuple de Bussang, et avec qui il travaille encore. Bussang est pour lui un lieu à taille humaine où il apprécie de pouvoir croiser dans un même espace les artistes, le public et les équipes. Il a fait dix créations à Bussang jusqu’en 2017.

La facture de Philippe Catalano

Philippe aime à s’imprégner du texte, étudier la scénographie, voir le lieu à l’avance, et après seulement penser au plan lumière. Il aime avant tout le travail d’équipe, et partager un langage commun. La relation humaine est son premier souci, et pour cela il préfère choisir avec qui travailler. Pour lui le travail d’éclairagiste c’est 50% de relation humaine, 25% de sens artistique et 25% de technique.

La lumière est la partie la plus éphémère du spectacle (d’ailleurs aucun support ne peut la saisir et la restituer). La parole est le premier atout pour imaginer un éclairage, bien avant le logiciel et la maquette. La proposition lumière va se découvre au dernier stade sur le plateau, alors il faut beaucoup préparer.

Philippe utilise relativement peu de matériel (60 appareils lui sont suffisants). En partie parce qu’il est attentif au fait qu’un spectacle va tourner et qu’il devra être homogène d’un lieu à l’autre. Mais aussi parce qu’il trouve inutile de surcharger, il aime simplifier pour trouver l’essentiel.

Bien que capable comme par la passé de bricoler des matériels à partir de presque rien, il aime utiliser les nouvelles technologies comme les asservis, les LED.

Les LED haut de gamme atteignent le niveau de qualité de l’halogène et de la décharge. La transition d’une technologie à l’autre ne doit pas amener à juste comparer avec les précédentes, mais voir ce qu’elle apporte de plus. L’important est ce que voit le spectateur et comment l’y amener. Par exemple il aime créer des zooms lumières sur la scène pour guider l’œil du spectateur. Mais la technique n’empêche pas de garder une main humaine sur la conduite, notamment sur les montées / descentes très importantes pour le rythme et la sensibilité de la scène, ou d’avoir recours aux effets de miroitement d’une couverture de survie !

Atelier pratique l’après-midi

La journée ayant été partiellement filmée : captation vidéo

Résumé:

Nous avons d’abord observé quelques vidéos de spectacles. D’abord une expérience avec des enfants illustrant le fait que pour commencer à être créatif, il faut avant tout et nécessairement du temps, d’où le besoin de préparation, de parole et d’échange que cultive Philippe.

Puis la vidéo de Chaplin, réalisation lumière de Philippe, utilisant des effets noir et blanc et sépia.
Philippe utilise la vidéo de filages pour ses phases préparatoires, notamment le travail des enchaînements, ce qui lui permet de prendre de l’avance seul sans avoir à attendre les filages techniques.

Une autre vidéo de spectacle nous a permis de nous poser la question sur l’assertion commune « Une bonne lumière est une lumière que ne se voit pas » ?? Pas toujours ! Quand la lumière accompagne vraiment, elle devient acteur sur scène, ou permet à l’acteur de jouer avec, comme une baladeuse suspendue lancée par l’acteur dans son jeu et pour son jeu.

L’atelier s’est poursuivi avec la confection des gobos.
Nous avons pu nous amusés (car pour Philippe le jeu fait partie … du jeu) à créer un gobo sur vitro-céramique avec de la suie de chandelle déposée sur le verre, sur laquelle on trace des effets en grattant ou à l’éponge.
La technique des LED permet maintenant de créer un gogo « froid » sur un simple transparent (vous savez, celui des rétro-projecteurs pour les plus vieux d’entre nous…) avec des feutres, de l’encre, ou un simple crayon à papier.
On a ensuite passé nos œuvres sur les découpes traditionnelle et LED pour voir le résultat, espérons prometteur…
Mais on n’oublie pas bien sûr le gobo traditionnel, découpé au cutter dans une feuille de métal, la même qui sert à faire le bruit de l’orage.

Finalement, Philippe nous a montré un autre de ses jouets : le miroir asservi. Monté comme un projecteur sur une lyre asservie à deux axes, il permet de diriger autant de faisceaux qu’on veut moyennant un seul ou quelques PC seulement qui viennent taper dedans. Un exemple d’utilisation est de changer la direction du faisceau dans un noir court pour focaliser sur des points successifs, effet garanti.

Retrouvez ici l’annonce initiale de cet événement.

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